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Dirigeants · Transmission

Transmettre son entreprise : céder, donner, ou donner puis céder ?

Un jour, votre entreprise changera de mains : vendue à un repreneur, donnée à vos enfants, ou les deux. Ce jour-là, les choix faits des années plus tôt décideront de ce qui reste à vous et à votre famille. Voici les trois grands chemins, leur fiscalité et leurs contreparties, pour en parler sereinement avec votre expert-comptable, votre notaire et votre avocat.

Par Guillaume FayardPublié le 19 octobre 2026Lecture : 9 min · ou 30 s avec l'essentiel
01

Céder, donner, ou donner puis céder

Transmettre son entreprise, ce n'est pas un seul acte. C'est un choix entre plusieurs chemins, qui n'ont ni la même fiscalité, ni les mêmes conséquences pour votre famille. Le bon chemin dépend d'abord de vos objectifs : vivre du prix de vente, assurer la continuité avec un enfant, protéger votre conjoint, ou un mélange de tout cela.

Schéma · Les trois chemins, côte à côte
CéderDonnerDonner puis céder
Qui reprend ?Un repreneur extérieur, un associé, un salariéUn ou plusieurs enfantsUn repreneur, mais une partie du prix revient aux enfants
Impôt principalImpôt sur la plus-valueDroits de donationDroits de donation ; la plus-value sur la part donnée est effacée
Ce que vous gardezLe prix de vente, après impôtRien sur la part donnéeLe prix de la part non donnée
Point de vigilanceRéinvestir et sécuriser le capitalL'équilibre entre les enfantsUne donation réelle et antérieure
Ces chemins se combinent souvent avec des outils plus techniques : l'apport à une holding avant la cession et le pacte Dutreil pour la donation.
À retenir

On ne choisit pas un montage : on choisit un objectif, puis l'outil qui le sert.

02

Céder : ce que coûte la plus-value

Quand vous vendez vos parts, la différence entre le prix de vente et ce qu'elles vous ont coûté est une plus-value. Par défaut, elle supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux. Pour de gros montants, la contribution sur les hauts revenus et la contribution différentielle peuvent s'y ajouter, car la plus-value entre dans votre revenu fiscal de référence.

Le départ à la retraite : un abattement de 500 000 €

Le dirigeant qui cède les titres de sa PME en partant à la retraite peut bénéficier d'un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value, pour les cessions réalisées jusqu'au 31 décembre 2031. Conditions principales :

  • 1
    Une fonction de directionPendant les 5 ans précédant la cession.
  • 2
    Au moins 25 % des droitsDétenus pendant ces 5 ans.
  • 3
    Une cession significativeLa totalité des titres, ou plus de 50 % des droits de vote.
  • 4
    Un vrai départCessation de toute fonction dans la société, et départ en retraite dans les 2 ans avant ou après la cession.
Schéma · Plus-value de 1 200 000 € : l'effet de l'abattement retraite
Sans abattement376 800 €
Avec l'abattement retraite312 800 €
Prélèvements sociaux18,6 % de toute la plus-value, abattement ou non
Impôt sur le revenu12,8 %, calculé après l'abattement de 500 000 €
Exemple fictif, hors contributions sur les hauts revenus. Les conditions de l'abattement s'apprécient au cas par cas.
À retenir

Le prix de vente n'est pas ce que vous toucherez : c'est ce qui reste après l'impôt qui compte. Et le calendrier du départ en retraite se prépare avec celui de la cession.

03

Donner : droits de donation et leviers

Donner ses parts à ses enfants, c'est leur transmettre l'entreprise de votre vivant. Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant sans droits, et cet abattement se renouvelle tous les 15 ans. Au-delà, le barème va de 5 % à 45 %.

Schéma · Les leviers et leurs contreparties
LevierCe qu'il apporteSa contrepartie
Pacte Dutreil75 % de la valeur des titres exonérée de droitsAu moins 8 ans d'engagements de conservation, collectif compris, et une fonction de direction
Donation en pleine propriété avant 70 ansRéduction de 50 % des droits, avec un pacte DutreilVous vous dessaisissez totalement des titres donnés
Démembrement : donner la nue-propriétéDroits calculés sur une partie seulement de la valeur ; vous gardez l'usufruitLes enfants ne décident pas seuls ; la valeur dépend de votre âge
Donation-partageFige la valeur des biens au jour de la donation, pour l'égalité entre enfantsActe notarié ; la valeur n'est figée que si tous les enfants reçoivent et acceptent un lot
Un cas réel · prénom modifié

Sébastien, 50 ans, détient son patrimoine, surtout immobilier, dans une holding familiale. Famille recomposée : son épouse, son fils, et la fille de son épouse. Une partie des biens a été vendue et la trésorerie placée dans la holding. Une donation démembrée des parts de la holding a amorcé la transmission, et une assurance-vie protège la fille de son épouse.

Donner tôt permet de réutiliser les abattements. Pour les familles recomposées, voir aussi comment protéger l'enfant de son conjoint.

04

Donner avant de céder

Quand un projet de vente existe, donner une partie de ses titres avant la cession produit un effet précis : pour la part donnée, la plus-value accumulée est effacée. L'enfant reçoit les titres à leur valeur du jour ; s'il les vend à ce prix, il n'a pas de plus-value. Seuls les droits de donation sont dus, et ils peuvent être nuls dans la limite des abattements.

Schéma · Donner 200 000 € de titres avant une vente à 1 200 000 €
  1. 1
    Avant la vente
    Donation de 100 000 € de titres à chacun des deux enfantsActe signé avant la cession, sans condition cachée, sur une valorisation sérieuse.
  2. 2
    Droits de donation
    0 €Dans la limite des abattements.
  3. 3
    La vente
    Environ 60 000 € d'impôt sur la plus-value évitésSur la part donnée, qui n'a coûté presque rien à l'origine.
  4. ✓
    La contrepartie
    200 000 € du prix appartiennent définitivement aux enfantsC'est une transmission, avec toutes ses conséquences.
Exemple fictif : titres acquis 50 000 €, cédés 1 200 000 €. Calcul avec le prélèvement forfaitaire de 31,4 %.
La condition qui fait tout

Le prix de vente appartient au donataire. S'il revient au donateur, par un prêt ou une reprise des fonds, l'administration peut remettre en cause l'opération pour abus de droit. Ce chemin n'a de sens que si vous souhaitez vraiment transmettre ce montant : la décision est d'abord familiale, avant d'être fiscale.

05

Protéger avant de transmettre

Toutes les transmissions ne sont pas choisies. Un décès, une invalidité, un désaccord entre associés : la transmission subie est souvent la plus coûteuse, pour l'entreprise comme pour la famille.

Question 1Si je décède, qui détient mes parts ?

Mes héritiers peuvent-ils, ou veulent-ils, les garder ?

Question 2Mes associés peuvent-ils racheter ?

Ont-ils les moyens de racheter mes parts à ma famille ? Voir la prévoyance croisée.

Question 3Qui décide si je ne peux plus ?

C'est l'objet du mandat de protection future.

Question 4Mon conjoint est-il protégé ?

Surtout si l'essentiel du patrimoine du couple est dans l'entreprise.

Un cas réel · prénom modifié

Michel, 50 ans, dirigeant associé. Son patrimoine était important mais dispersé, et rien n'était prévu en cas d'invalidité ou de décès. Un mandat de protection future et une prévoyance croisée entre associés ont été mis en place : en cas de décès, le capital versé permet aux associés survivants de racheter les parts à la famille.

Un pacte d'associés complète ces outils : il organise à l'avance ce qui se passe en cas de départ, de décès ou de désaccord.

06

Faire le point en 2 minutes

Chaque question sans réponse est une piste à regarder de plus près. Plusieurs cases vides ? C'est fréquent, et c'est justement là que se cachent les leviers les plus utiles.

  • 1
    Je sais ce que je veuxVendre, transmettre à un enfant, ou les deux.
  • 2
    Je connais la valeur de mes titres et leur prix d'acquisitionDonc ma plus-value latente.
  • 3
    Je sais si je pourrais bénéficier de l'abattement retraiteEt si mon calendrier de départ est compatible.
  • 4
    Je sais si j'ai utilisé mes abattements de donationAu cours des 15 dernières années.
  • 5
    Un pacte d'associés organise le départ ou le décès d'un associéEt mes associés comme ma famille sont protégés en cas de décès ou d'invalidité.
  • 6
    Mon expert-comptable, mon notaire et moi avons parlé de transmissionChacun a son rôle : c'est l'interprofessionnalité qui fait une transmission réussie.
À retenir

Une transmission réussie se prépare des années avant la signature : il faut souvent 3 à 5 ans pour ne pas subir le calendrier.

07

Questions fréquentes

Quelle est la fiscalité de la vente de son entreprise en 2026 ?

La plus-value de cession de titres supporte par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. La contribution sur les hauts revenus et la contribution différentielle peuvent s'y ajouter pour de gros montants.

Comment fonctionne l'abattement de 500 000 € au départ à la retraite ?

Le dirigeant de PME qui cède ses titres en partant à la retraite peut déduire 500 000 € de sa plus-value, pour les cessions réalisées jusqu'au 31 décembre 2031, sous conditions de direction, de détention et de départ en retraite. L'abattement ne joue que sur l'impôt sur le revenu : les prélèvements sociaux restent dus sur toute la plus-value.

Pourquoi donner des titres avant de vendre son entreprise ?

Pour la part donnée, la plus-value accumulée est effacée : l'enfant reçoit les titres à leur valeur du jour. Seuls les droits de donation sont dus, parfois nuls grâce aux abattements. En contrepartie, le prix correspondant appartient définitivement à l'enfant.

Combien de temps faut-il pour préparer la transmission de son entreprise ?

Souvent 3 à 5 ans. Certains dispositifs l'imposent d'eux-mêmes : l'engagement collectif d'un pacte Dutreil doit avoir duré 2 ans, et l'abattement retraite suppose 5 ans de direction et de détention.

Article à caractère informatif, à jour au 25 septembre 2026 (articles 150-0 D ter, 787 B et 790 du Code général des impôts, loi n° 2026-103 du 19 février 2026). Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Toute transmission d'entreprise se construit avec votre expert-comptable, votre notaire et votre avocat, à partir d'une évaluation professionnelle des titres.